Conditions pour l’utilisation d’applications cliniques mobiles pour les hôpitaux, les avantages et les risques

Imito est une entreprise créée en 2016, opérant en Suisse et en Allemagne. Elle est spécialisée dans le déploiement d’applications cliniques mobiles pour la photodocumentation dans les hôpitaux. À travers cet article découvrez les retours d’expérience du terrain d’Imito.

Deux catégories d’applications cliniques existent. Les premières ciblent principalement les patients comme Ada ou MyDiabet. Les secondes sont utilisées au quotidien par le corps soignants comme Hippocrate, UpToDate ou MedCalps. L’inconvénient de ce dernier type est qu’il n’est pas intégré au processus de soin. Les calculs de scores ne sont pas intégrés dans le dossier patient informatisé. C’est pourquoi il faut les reporter manuellement. L’aide à la décision demande beaucoup de travail pour mettre à jour l’application et le dossier du patient.
Avant de fonder l’entreprise, les créateurs d’Imito ont conduit une enquête auprès de 500 médecins dans la région DACH (Allemagne, Autriche, Suisse). Celle-ci a mis en évidence que 80% des médecins utilisent leur smartphone privé en milieu hospitalier. Parmi ces médecins, 56% l’utilisent pour de la photodocumentation, de manière non sécurisée.

En effet, les équipes hospitalières échangent sur des plateformes non conformes à la protection des données du patient. Le manque de solutions les oblige à utiliser des applications comme Messenger ou WhatsApp. Imito a donc cherché à répondre à ce besoin spécifique dans les hôpitaux en développant une application professionnelle.

Témoignage d’Inès CLERC DOURTHE, infirmière-cheffe en Stomathérapie à l’hôpital Fribourgeois (HFR) à Fribourg en Suisse, sur l’utilisation d’imitoCam :

Avant l’application, le personnel soignant utilisait des appareils photo et des réglettes graduées qu’ils posaient autour de la plaie du patient. Puis, en fin de journée, il leur fallait rentrer les données dans un dossier patient dans un de leur dossier personnel auquel aucun autre médecin ou soignant n’avait accès. Ce processus extrêmement chronophage pouvait parfois être source d’erreur pour le personnel soignant (oubli d’appartenance des photos car le dossier doit être anonyme, … ). Avec la nouvelle application Imito, il est maintenant possible de mesurer la plaie directement sur la photo, entrer la région du corps, partager facilement avec les autres membres du corps soignant. L’ensemble est directement archivé sur le dossier patient informatisé.

L’implémentation de l’application dans les hôpitaux rencontre cependant quelques freins :

  • La stratégie globale de l’hôpital : forte volonté pour certains, scepticisme pour d’autres.
  • Les questionnements sur l’utilisation d’un téléphone personnel au travail. Fournir des mobiles professionnels, la marques utilisée, les personnes concernées, …
  • Le choix de l’application : quelles sont les applications qui apporteront une valeur ajoutée dans les processus de soins ? Il existe souvent des applications dans le domaine de la logistique car il n’y a pas de données patients. Elles sont donc plus faciles à mettre en place.
  • La question de l’intégration de ces applications. Sauvegarde sur le cloud ? Applications que l’on peut connecter aux systèmes mis en place ? Il faut trouver des interfaces simples, efficaces et compatibles.
  • La protection des données : le cloud, utilisé par la majorité des applications mobiles. Possède-t-il la sécurité suffisante pour pouvoir y stocker des données patients ? La certification Hébergeur de données de santé maintient un haut degré d’exigence.

De nombreuses questions pour l’utilisation d’applications cliniques mobiles pour les hôpitaux

Il n’existe pas de solution répondant à tous les besoins de l’hôpital. En effet, les profils sont multiples et variés : des personnes transportant des patients, des personnes téléphonant toute la journée et n’ayant pas besoin de smartphone, des personnes dans la restauration, du personnel d’entretien, des médecins, des infirmières etc… Et chacune de ces personnes a des besoins et des contacts différents avec les patients. Il existe donc plusieurs processus cliniques que les développeurs d’application cherchent à améliorer. Le format questionne également. Si une tablette peut convenir à un médecin, les infirmières étant très mobiles, elles préféreront davantage un smartphone.

Enfin, se pose la question de la télécommunication. La tendance des hôpitaux est de remplacer les bipeurs standards par des téléphones « basiques » et peu chers entre en concurrence avec certains projets hospitaliers visant à amener le personnel soignant à recevoir des smartphones. Cela risque donc de créer l’incompréhension quant à la multiplication de ces appareils. D’où l’importance de la stratégie de l’hôpital concernant la téléphonie et la concordance des projets. La multiplication des appareils mobiles remet en cause la pertinence des appareils fixes. Leur suppression permet notamment d’investir dans l’achat de nouveaux smartphones pour les personnes qui en ont besoin.
Un autre point également très discuté est le modèle de gestion. Aujourd’hui, le personnel soignant utilise des smartphones privés à l’hôpital alors qu’ils ne devraient pas l’être dans une optique professionnelle. Nous avons maintenant des moyens techniques pour rendre ces appareils utilisables partout.

Différents modèles pour l’utilisation d’applications cliniques mobiles

Le principe du « Bring Your Own Device » se développe. Il consiste à fournir aux professionnels de santé des applications contrôlées par l’hôpital afin de leur permettre d’utiliser leur téléphone personnel à des fins professionnelles sans enfreindre les règles de protection de la vie privée du patient. Si l’hôpital décide que ce modèle est trop risqué ou trop complexe, il peut fournir à tous les employés un appareil personnalisé pouvant également être utilisé dans leur vie privé pour plus de confort. C’est ce qu’on appelle « COPE » soit « Corporate Owned Privately Enabled ».
Autrement, il existe un modèle nommé « COBO » pour Corporate Owned Business Only encore plus fermé, consistant à fournir aux employés un appareil qu’ils utiliseront dans un contexte professionnel uniquement. Enfin, il existe un modèle « Shared Device » consistant à partager un appareil entre plusieurs employés.

Il faut donc définir le modèle le plus intéressant pour chaque utilisateur. Le logiciel MDM (Mobile Device Management) assure le fonctionnement et la sécurité des données de tous les modèles. C’est souvent le manque d’expertise qui entraîne un frein dans le développement d’un modèle et son utilisation de manière restreinte.

Enfin, le dernier point est le choix de l’application. Aujourd’hui, les applications cliniques mobiles doivent répondre à des exigences bien particulières pour intégrer les hôpitaux. Sans celles-ci, les applications n’apportent pas de valeur ajoutée au processus de soin.

Imito, une entreprise en fort développement

Le succès d’Imito, qui distribue son application dans plus de 20 hôpitaux en Suisse et en Allemagne, se résume avec les trois facteurs suivants :

L’intégration au système : on obtient les utilisateurs via l’active directory et les patients via le registre de patients avec des interfaces
standardisées ; les images stockées dans l’application sont au format DICOM.
La sécurité des informations (récupération des données, stockage…) : l’application fonctionne sans Cloud. Elle est installée sur le réseau de l’hôpital et aucune donnée ne transite sur Internet. Ainsi, il n’existe pas d’empreinte. Donc en cas de perte ou de vol de téléphones on ne peut pirater aucune donnée puisqu’elles sont cryptées avec la technologie du téléphone.
L’ergonomie : le personnel soignant peut scanner directement le code-barre du patient afin d’obtenir son identité et la liste chronologique de la photo-documentation de ce patient. L’application possède également
d’autres avantages comme un outil de collaboration, une catégorisation des images par hashtag et une authentification facilitée par un QR code situé sur le badge du soignant.

Applications cliniques mobiles hôpitaux : intégration système, sécurité et ergonomie.

Il s’agit donc, à présent, de prouver aux soignants que ces applications cliniques mobiles sont les futurs outils de travail dans les hôpitaux, et qu’elles faciliteront leur travail quotidien. Pour cela, il faut être à l’écoute des besoins des utilisateurs et s’informer sur leurs méthodes de travail afin de présenter une application pertinente et ergonomique

  • Pamina GÖTTELMANN, Business Development Manager à Imito
  • Mischa RICHLI, Product Manager à Imito

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