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E-santé : Du rêve à la réalité ? Retour sur les usages et pratiques en HAD

Les hospitalisations à domicile (HAD) n’échappent pas aux nouvelles technologies. Au travers de trois retours d’expériences d’établissements d’HAD, découvrez la démarche et l’esprit dans laquelle l’e-santé s’intègre aux pratiques et aux méthodes de communication.

La vidéo-consultation psychologique en HAD

L’émergence de cette initiative provient d’une psychologue ayant créé une plateforme de partage de vidéo. Son objectif est de réaliser des entretiens. Elle utilisait auparavant le téléphone comme moyen d’accompagnement ponctuel des patients. Mais elle constata rapidement qu’un retour visuel pouvait être bénéfique pour les deux partis. Une étude pilote sur l’utilisation de la vidéo consultation psychologique a donc été lancée.

L’augmentation du nombre de personnes atteintes d’un cancer entraîne une augmentation de la demande de soins psychologiques. En HAD, l’accompagnement des patients en détresse psychologique est réalisé au moyen de thérapies de soutien. Celles-ci appellent à la collaboration entre le thérapeute et le patient. Ce soutien a également pour objectif de développer les capacités d’adaptation du patient, aménager son traitement et son environnement. Il est également possible de mieux appréhender les visites à domicile des soignants. La vidéo-consultation vient répondre à ce besoin croissant de relation thérapeute-patient ainsi qu’à la problématique de la prise en charge limitée par le temps.

L’e-santé, une solution efficace mais encadrée

La vidéo-consultation, très développée à l’étranger, a déjà fait ses preuves. Cette méthode œuvre à la diminution des symptômes et à l’amélioration de la qualité de vie. Elle assure parallèlement une bonne satisfaction des patients. Toutefois, la vidéo-consultation n’a pas pour vocation de remplacer un suivi conventionnel. Elle s’utilise ponctuellement dans le processus de prise en charge. Un cahier des charges strict garantit le bon déroulement de ces entretiens. Le patient doit être cadré aux épaules devant un fond blanc neutre. Il ne doit pas réaliser d’autres activités pendant tout le temps de l’entretien vidéo. Il peut cependant décider à tout moment d’arrêter la prise en charge par vidéoconsultation. Enfin, la vidéo ne peut concerner ni le premier ni le dernier rendez-vous de suivi.

Cette étude pilote présente des résultats encourageants pour la suite. Les conclusions partielles de cette étude ne montrent pas de différence entre l’utilisation de la vidéo et les consultations en face-à-face. L’anxiété et le niveau de satisfaction sont les mêmes dans les groupes tests et témoins. Ils notent cependant une plus grande facilité d’installation chez les populations jeunes.

La téléconsultation en soins palliatifs

Cette technique a été déployée afin de faire sortir les patients des unités de soins palliatifs (USP) en amont de ce qui était réalisé auparavant. Elle permet d’assurer un suivi continue, et ce, malgré leurs difficultés de déplacement. Le spécialiste peut proposer cette solution de e-santé aux patients lors de la sortie en HAD.

Cette méthode permet donc de limiter les déplacements pour les patients les plus fragiles, d’éviter les hospitalisations en urgence dans
la phase ultime de la maladie, de favoriser les liens avec l’équipe soignante et développer la culture palliative à domicile.

Cette solution technique est simple à mettre en place. Comme il n’y a pas de transfert de données, l’utilisation de logiciel de communication vidéo professionnel tel que Skype est possible. Cependant de grands écrans sont indispensables pour une bonne communication entre le médecin, le patient et sa famille. Lors de la téléconsultation, l’infirmier de l’HAD suivant le patient est présent. Il sert d’interlocuteur sur l’ensemble des questions d’ordre paramédicale. Il est également possible pour le patient d’être accompagné de son médecin traitant ou du médecin coordinateur de l’HAD.

Le centre Oscar Lambret a déjà effectué 31 consultations par téléconsultation. Pour les équipes soignantes, le suivi est facilité et la confiance des patients est grandie.

La sécurisation de l’installation en HAD par l’utilisation d’un canal SMS entre le patient et l’équipe d’HAD

Le retour à domicile est un moment anxiogène pour le patient. On note le premier soir en HAD, des appels systématiques vers les infirmières coordinatrices. Les établissements spécialisés ont donc pris l’habitude d’appeler directement le patient afin de le rassurer. L’inconvénient est
que cela demande beaucoup de temps.

Pour répondre à ce problème, la start-up Calmedica, propose un système d’échange de sms entre un chatbot et le patient.

Calmedica, e-santé au sein des établissements de HAD.

Ce robot conversationnel va analyser les réponses du patient. Il peut réagir de différentes manières :

  • ne rien faire si le patient ne montre pas d’anxiété
  • poser des questions complémentaires si besoin
  • générer un alerte pour l’IDE coordinatrice en cas d’anxiété

La coordinatrice peut donc réagir rapidement et contacter le patient ou son entourage. Communiquer par sms permet de se recentrer sur les besoins des patients qui en manifestent la nécessité. Le déploiement de cette technique est simple puisque tout s’effectue en ligne et le coût demeure raisonnable. L’investissement financier est lié au coût de paramétrage de l’algorithme du chatbot, de formation du personnel et de licence.

Des premiers résultats prometteurs pour l’e-santé en HAD

Cette technique montre des résultats intéressants : un gain de temps pour les équipes soignantes, un bon accueil chez les patients, une formation des personnels soignants simple. Cependant, les facteurs générationnels sont un frein au déploiement de cette méthode : certains patients n’ont pas de téléphone portable ou ne savent pas s’en servir. Pour ces personnes, la famille doit faire le relais. Par ailleurs, les zones blanches restent un le problème majeur au développement de la e-santé en zone rurale.

Reste encore à sensibiliser les patients à l’utilisation de cette méthode. Les établissements d’HAD préférant les faux positifs, les non-réponses (s’élevant à 20% actuellement) génèrent des alertes.

L’e-santé permet donc de faciliter le retour au domicile et de maintenir le lien entre le patient et l’équipe d’HAD. En identifiant les membres des équipes soignantes ayant une affinité avec les nouvelles technologies, le maintien à domicile est sécurisé et les patients apprécient cette prise en charge.

  • Camille BAUSSANT-CRENN, Responsable du service psychosocial, Fondation Croix-Saint-Simon Pierre HAGNERE, Directeur, Santelys
  • Vincent HUBERT, Chef de projet SI, HAD France
  • Jérémy MARTIN, Psychologue clinicien, chercheur, Fondation Croix-Saint-Simon

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