Les journées AFIB

La prise en charge et le suivi médical en situation extrême

En mer : les urgences en milieu maritime

Qu’il soit terrestre ou maritime, le suivi médical en situation extrême n’est jamais simle. La prise en charge des urgences répond à un schéma bien défini. Tout d’abord, le Service d’Aide Médicale Urgente (SAMU) traite l’appel. Il s’agit d’une plateforme téléphonique où un assistant de régulation et un médecin évaluent le degré d’urgence et la réponse à apporter.

À terre, les décisions prises par le SAMU sont diverses : soins à domicile, consultation du médecin traitant ou de garde, consultation aux urgences ou enfin évacuation. C’est justement dans ce dernier cas qu’intervient le Service Mobile d’Urgence et de Réanimation (SMUR) lorsque l’évacuation nécessite la présence d’un médecin.

Un fonctionnement similaire sur terre et en mer

Lors d’une urgence maritime, le fonctionnement est similaire. En effet, le SAMU maritime basé à Toulouse reçoit les appels. Cet établissement va prendre des décisions équivalentes : soins à bord, débarquement (déroutement ou accueil à quai) ou évacuation. Un médecin et un infirmier composent le SMUR Maritime. Celui-ci peut alors se mobiliser et intervenir à l’aide d’un hélicoptère, de jour comme de nuit, quelles que soient les conditions météorologiques. Pour intégrer cette unité spéciale, les soignants suivent une formation sous forme de diplôme universitaire. Ils se soumettent ensuite à des entraînements réguliers afin de maintenir leurs compétences interventionnelles.

Dans des conditions parfois périlleuses, ces professionnels de santé interviennent à bord de navires après hélitreuillage. En partenariat avec différents acteurs (Marine Nationale, pompiers, gendarmerie, etc.), un plongeur chargé de sécuriser l’environnement réceptionne l’équipe du SMUR. De plus, pour garantir l’efficacité des soins apportés, le matériel médical doit également pouvoir être treuillé. Il doit répondre à une contrainte importante en vol : le volume. En effet, l’espace d’intervention dans la cabine est très limité. Or il doit accueillir l’ensemble des équipements nécessaires à la prise en charge d’urgences. Mais il s’agit également de préserver l’autonomie du véhicule, la limite d’intervention étant fixée par la distance atteignable (environ 200 km). Celle-ci diminue lorsque le chargement s’alourdit.

Bien que reposant sur le même schéma d’intervention que sur terre, les urgences en milieu maritime requièrent donc l’intervention de professionnels spécialisés. Des dispositifs médicaux adaptés les accompagnent afin de garantir l’efficacité, la qualité et la sécurité des soins prodigués.

  • Dr. Cédric LETELLIER Médecin urgentiste, Groupe hospitalier La Rochelle-Ré- Aunis
  • Fabrice FONDACCI, Cadre de santé, Groupe hospitalier La Rochelle-Ré-Aunis

Dans les airs : présentation de l’avion sanitaire

Rapatrier les ressortissants et les militaires français, c’est l’une des missions confiées à l’Armée de l’Air et au Service de Santé des Armées. La France ne disposent pas d’avion sanitaire dédié. C’est pourquoi, il a été décidé de développer, à partir de 2002, le kit de transport sanitaire MoRPHEE (Module de Réanimation pour Patients à Haute Élongation d’Évacuation). Celui-ci peut rapatrier simultanément plusieurs blessés nécessitant des soins de réanimation.

L’idée est d’utiliser jusqu’à deux des onze Boeing C135 FR (avions ravitailleurs de l’Armée de l’Air) pour en faire, en l’espace de quelques heures, un service de soins intensifs volant en installant à leur bord les kits MoRPHEE. Une équipe de soins est d’astreinte en permanence. Elle se compose de 12 personnes. Des médecins dont deux anesthésistes réanimateurs sont présents, ainsi que des infirmiers (IADE compris) et des convoyeurs de l’air. Dans les 24 heures qui suivent l’alerte, le ou les avions sont équipés et prêts à décoller avec le personnel médical à leur bord. Au départ d’Istres, les 12 heures d’autonomie en vol permettent aux avions de couvrir tous les théâtres d’opérations extérieures de l’Armée Française.

Un kit complet qui a déjà fait ses preuves

Les kits se composent entre autres d’une centrale de surveillance patient, d’un échographe, d’une table de préparation, d’un laboratoire d’analyses biologiques et d’une banque de sang réfrigérée. Deux versions du kit existent. La première version est « lourde ». Elle prend en charge 6 patients nécessitant des soins intensifs (comme une assistance respiratoire mécanique). La seconde est « mixte ». Elle se compose de 4 modules lourds auxquels s’ajoutent 4 modules légers (chacun pouvant contenir 2 patients). La mise sous oxygène du patient et un monitorage simple suffisent alors. À noter que 6 000 litres d’oxygène sont disponibles par module.

Depuis son déploiement en 2007, le kit MoRPHEE a fait ses preuves par 5 fois. La première fois a eu lieu au Kosovo en 2008 et les 4 autres en Afghanistan. Sa dernière utilisation remonte à janvier 2012 lorsqu’un soldat afghan avait ouvert le feu sur des militaires français, faisant 5 morts et 12 blessés. Au total, ces modules ont permis d’évacuer 56 blessés. L’arrivée des A330 MRTT (Multi Role Transport Tanker) dans les rangs de l’Armée de l’Air destinés à remplacer les C135 FR permettra l’usage de 10 modules MoRPHEE lourds au sein d’un même appareil.

  • Dr. Laurent RAYNAUD, Anesthésiste réanimateur, hôpital d’instruction des Armées BEGIN (Saint-Mandé)

Dans l’espace : prise en charge médicale des astronautes

La vie dans l’espace est peut-être la situation la plus extrême possible et le suivi médical y est particulièrement complexe. Elle nécessite une connaissance précise des contraintes que subit le corps humain dans un environnement singulier : l’espace.

La prise en charge et le suivi médical en situation extrême

Brigitte Godard, ancien médecin des astronautes de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), nous explique les conséquences physiologiques d’un
voyage à 300 km d’altitude ! De nombreux facteurs viennent compliquer la vie dans l’espace. L’absence de gravité entraîne une perte de masse musculaire et osseuse. Celle-ci provoque un déconditionnement majeur au retour sur Terre. C’est pourquoi il est important de pratiquer une activité physique quotidienne. Les bruits intrinsèques à la Station Spatiale Internationale (SSI) impactent l’audition. L’exposition aux radiations des particules du cosmos est responsable d’une augmentation des risques de cataractes et de cancers. L’alternance de jour et de nuit toutes les 90 minutes cause un dérèglement biologique. Enfin, le taux de CO2 à bord de la structure est de 4 à 5 fois supérieur à la quantité présente sur Terre. Cette différence entraîne des maux de tête et d’intenses fatigues.

Un entraînement indispensable et un suivi médical des astronautes en situation extrême

Pour les préparer au mieux à ces conditions, la sélection des astronautes est particulièrement difficile. En effet, ils subissent une batterie de tests physiques, psychologiques et d’anglais. Le travail à bord de la SSI est le fruit d’une collaboration internationale entre les agences spatiales européenne (ESA), américaine (NASA), russe (Roscosmos), canadienne (CSA) et japonaise (JAXA). Ce travail d’équipe nécessite donc une parfaite maîtrise de l’anglais.

Il est primordial de créer un lien fort avec l’astronaute avant son départ afin de recueillir un maximum d’informations sur son état de santé dans l’espace. Le suivi médical est assuré par vidéoconférence lors d’un entretien d’une quinzaine de minutes par semaine. Si des soins sont nécessaires, ils peuvent entraîner un rapatriement sur Terre ou être prodigués par l’un des astronautes qualifiés. Certains dispositifs médicaux sont en effet présents dans la SSI. On y trouve entre autres un échographe, des produits de laboratoire et du matériel chirurgical et dentaire. À cause du manque de place et des limites de poids, ces équipements sont miniaturisés au possible. Ils doivent également être simples d’utilisation et d’une grande robustesse.

Ainsi, il reste encore beaucoup à faire dans le domaine des dispositifs médicaux transportables, afin d’apporter tout le soutien matériel dont les astronautes ont besoin.

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