Le numérique au service du Grand Âge : risque de déshumanisation ou accompagnement au mieux vivre ?

Aujourd’hui, 3 révolutions majeurs impactent notre monde. Tout d’abord, une modification démographique puisqu’en Europe, les progrès médicaux ont permis d’améliorer l’espérance de vie. L’allongement de la durée de la vie est un défi majeur posé à nos sociétés. Nous sommes également à la genèse de la révolution numérique. En effet, Internet est un outil récent avec une mise en service au grand public il y a 30 ans. La dernière révolution, est environnementale. La conception du logement et de l’habitat pour le Grand Âge va subir une forte modification numérique dans le futur.

Des outils qui obligent à repenser l’éthique et la psychologie

Depuis environ 3 millions d’années, l’Homme possède une relation avec la machine. Dans les premières périodes, l’Homme imposait son rythme à son outil. Lors de la révolution industrielle, l’homme devait suivre le rythme de la machine. Cet état est parfaitement représenté dans le film « Les Temps Modernes » de Charlie Chaplin.
Or, de nos jours, l’Homme doit s’adapter à des machines “autonomes” ainsi que la réciproque. Une nouvelle éthique s’impose car il existe maintenant une composante émotionnelle envers les objets (on leur parle, se confie,…). L’antropomorphisme et l’animisme qui se définissent comme l’attribution de caractéristiques humaines (émotionnelle, cognitive) à d’autres entités telles que les objets présentent un danger considérable. Face aux menaces sur la vie privée et les libertés, des lois telles que la loi RGPD font sens.

Les risques liés au développement du numérique : le Grand Âge premier à en pâtir

Mais de nombreuses inquiétudes apparaissent : Que va devenir l’égalité entre les Hommes ? Ne risque-t-on pas d’agrandir le fossé déjà existant ? L’automatisation de certaines tâches et l’apparition de nouveaux types d’emplois liés au numérique modifient le paysage du travail.

Il existe deux principes absolus avec le numérique dans le cadre du travail. Premièrement, les robots ne remplacent les humains que pour des tâches visant à être automatisées. Leurs activités ne doivent pas impliquer de vie humaine. Dès qu’il existe une relation avec une personne, les robots doivent être des outils ordinaires. Les robots aident donc le professionnel, pour lui permettre de faire mieux avec eux ce qu’il faisait auparavant sans eux ; un principe à considérer dans le domaine médical. La seconde règle d’or est de toujours savoir si on est en présence d’un humain ou d’un robot. Ainsi nous pouvons garder les spécificités de la relation humaine pour les humains.

Les robots et le numérique au service du grand âge.

Gérontechnologies, environnements intégrés : le numérique au service du Grand Âge

En France, les environnements intégrés, rendant possible l’étude des usages et des opportunités concernant les gérontechnologies, se multiplient. Approche croisée et multidisciplinaire de la gérontologie et des technologies, la gérontechnologie peut répondre aux besoins d’une personne âgée hospitalisée tels que la maladie ou la multiplication des ordonnances. D’autre part, elle peut améliorer le rapport à l’environnement en situation de handicap.

Afin d’éviter les différents risques et failles aux gérontechnologies, de nombreux environnements intégrés, équipés de ces technologies naissent dans l’optique de tester, identifier et contrôler les technologies associées aux personnes âgées.

Il existe 3 grands types d’environnements intégrés :

  • Showroom : Vitrines figées incorporant des technologies et dispositifs déjà commercialisés avec un aménagement dédié à la personne âgée.
  • Espaces de vie : Showroom destiné à recevoir des personnes âgées qui y vivent. Autrement dit, des EHPAD dotés de technologies existantes destinés à améliorer le quotidien des personnes âgées)
  • Living Lab : Espaces dédiés à l’accueil de technologies en développement et de prototypes. Des usagers testent et font des retours sur ces dispositifs.

Un Living Lab, ou Laboratoire Vivant, est donc une méthode de recherche en innovation ouverte qui vise le développement de nouveaux produits et services.

Le développement des Living Lab

C’est un espace réaliste, grandeur nature, proposé à des partenaires développeurs de technologies et qui vise à tester les NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) en développement auprès des usagers. Ce processus de co-créations, composés d’allers-retours rapides entre l’usager et le développeur permet d’adapter le produit à l’usager. Dans le monde, il existe environ 300 living labs, dont un certain nombre dans le domaine de la santé, justement employés au secteur du grand âge.

Pourquoi développer des Living Labs Hospitalier ? Bien qu’ayant pour but de développer le maintien à domicile, le Living Lab communautaire n’est pas destiné à aborder les questions de la santé justifiant une hospitalisation. Ce ne sont pas des tests sur des technologies servant à établir un diagnostic aboutissant à une hospitalisation ou à une dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation.
Il n’a pas non plus pour vocation de tester l’organisation des soins au sein de l’hôpital.

L’exemple de l’hôpital d’Angers

A Angers, le Living Lab Allegro (Angers Living Lab En Gériatrie Hospitalière) se compose de deux grandes structures :

  • Des ateliers incubateurs d’idées, groupes de travail composé de personnels hospitaliers, les développeurs et les usagers, afin d’impliquer les usagers dès la conception. Cela permet ainsi aux patients, à la famille et aux soignants d’exprimer aux développeurs leurs véritables besoins quotidiens.
  • La chambre expérimentale Allegro – espace réel dans lequel évoluent un patient hospitalisé et une équipe soignante – permet de tester les nouvelles technologies, que ce soit des prototypes, de nouveaux services et organisations de soins ou une diversification d’usage (nouvel usage d’un objet déjà commercialisé n’ayant pas pour finalité initiale le monde gériatrique).
  • Luc BROUSSY, Président France Silver Eco
  • Serge TISSERON, Psychiatre, Docteur en Psychologie HDR, Membre de
  • l’Académie des technologies et Fondateur de l’Institut pour l’étude des
  • Relations Homme-Robots
  • Cécile JAGLIN-GRIMONPREZ, Directrice générale du CHU d’Angers,
  • Pr. Cédric ANNWEILER, Living Lab gériatrique du CHU d’Angers

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