La révolution de l’hôpital amène à revoir sa programmation

Les Établissements de Santé conçus aujourd’hui seront mis en service dans 5 à 10 ans. Ils devront fonctionner sans modification majeure pendant 30 à 40 ans. Comment sera l’hôpital en 2060 ? Depuis vingt ans la conception hospitalière développe les mêmes concepts. Or une révolution à l’hôpital est déjà à l’œuvre.

Comment sécuriser les sites hospitaliers tout en les insérant dans la ville ?

Tous les programmes récents souhaitaient ouvrir les hôpitaux sur la ville. Mais depuis 2015, entre les enlèvements d’enfants, le vol de matériel et le risque attentat, les menaces planent sur l’hôpital.

L’Hôpital doit-il être ouvert ou fermé pour sa sécurité ? Le sujet fait polémique et les questionnements sont nombreux : faut-il protéger le site dans sa globalité ? Faut-il protéger les bâtiments individuellement ? Faut-il ne rien protéger et ne renforcer la sécurité qu’après l’annonce d’une menace ?

Alors que le nouvel hôpital Necker était conçu pour être ouvert sur la ville au point d’avoir une communication avec le métro, on ne compte maintenant plus qu’une seule entrée piétonne et un seul accès ambulant. De même, la Pitié Salpêtrière interdit la circulation de tout véhicule.

Il peut être intéressant de faire le parallèle entre la sécurité d’un hôpital et celle d’un aéroport. Afin d’assurer la sécurité de ces 2 types d’infrastructures, l’entrée d’armes ou d’explosifs est interdite. L’accès aux zones sensibles est quant à lui limité. La sécurité du public et des personnels est assurée au moyen de contrôle des bagages, d’identification, de géolocalisation, de surveillance et de définition de périmètre de sécurité. De la même manière, dans un hôpital, on souhaite empêcher la sortie de patients errants ou vulnérables, les vols d’équipements ou de matériels.

Plusieurs solutions envisageables pour une révolution de l’hôpital intelligent

La solution envisageable en premier lieu est de déterminer les points d’accès. Il faut également identifier des zones successives ayant différents niveaux d’autorisations. La solution n’est pas adéquate à tout un hôpital mais la hiérarchisation des aires demeure applicable pour certains services. Les urgences bénéficient d’une zone extérieure auquel tout un chacun peut accéder, d’une zone de réception matérialisant la communication entre le public (patient + accompagnateur) et le personnel soignant, et d’une zone réglementée à l’arrière auquel le patient a accès en présence d’un professionnel de la santé.

À l’aide d’indicateurs, on va pouvoir vérifier le bon respect des protocoles (nettoyage des mains, temps de présence dans les chambres) ou encore mesurer l’avancement du nettoyage des chambres entre 2 patients.

L’hôpital intelligent de demain facilitera les flux et la logistique. Il utilisera des moyens de mesure des engorgements des patients dans les services. Une meilleure connaissance des lieux de stockage des dispositifs aidera à la logistique. Contrôler les flux, que ce soit en ambulatoire ou en consultations, permet de les optimiser.

C’est pour cette raison que l’hôpital de Toronto (Canada) s’est doté d’un command center en interne. Il soulage ainsi les services de la gestion des lits et des chambres. Alors qu’en France nous laissons la responsabilité de la gestion des activités aux équipes soignantes, l’hôpital de Toronto a fait le choix de centraliser la mesure de l’occupation des chambres en temps réel. La tour de contrôle command center permet d’optimiser l’activité. En investissant chaque année 5 millions de dollar canadien en technologie de l’information, cet hôpital de 400 lits augmente de 15 millions (par an) sa productivité.

En France, 6 hôpitaux ont déjà fait le choix d’une maintenance totalement informatisée sur tablette. Le mainteneur est ainsi informé du problème et localise le dispositif précisément ainsi que le problème ou dysfonctionnement remarqué. Il trouve sur la tablette toute la documentation technique nécessaire. Une fois l’intervention achevée, le mainteneur le signale directement via son application dédiée. L’hôpital bénéficie donc en temps réel de statistiques sur les interventions s’étant déroulées.

Révolution de l’hôpital : le bloc opératoire.

Quel bloc pour le 21ème siècle ?

L’augmentation de l’espérance de vie de la population entraîne une modification complexe de la prise en charge des patients. Cette situation nouvelle impacte notamment l’organisation médicale et paramédicale. Cette métamorphose des processus de prise en charge impacte alors la conception des plateaux techniques. Elle invite donc à la collaboration entre les architectes hospitaliers et les services biomédicaux.

La révolution de l'hôpital et du bloc opératoire.

Le bloc opératoire est un parfait reflet du grand changement que subit l’hôpital. En 30 ans, sont arrivés successivement au bloc la coelioscopie, le robot chirurgical et le virtuel. Ils ont permis de mettre en place des procédures moins invasives pour le patient. Ces chirurgies de moins en moins agressives augmentent l’éligibilité des patients à la chirurgie
et incite au développement de l’ambulatoire. La cardiologie, marquée par le succès des changements de valves en montée fémorale, est un parfait exemple de cette évolution. Les évolutions rapprochant le bloc opératoire de la radiologie permettent d’intégrer l’image dans le processus chirurgical. Elles donnent ainsi naissance à la radiologie interventionnelle. Via un geste chirurgical guidé et sécurisé, la prise en charge de certaines pathologies se voit nettement améliorée.

Un rapprochement entre le bloc et l’imagerie

D’autre part, l’imagerie interventionnelle ouvre vers une utilisation pluridisciplinaire des équipements et leur mutualisation. Les dispositifs d’imagerie lourde peuvent servir deux salles d’opération en rentrant ponctuellement dans l’une ou l’autre ou en étant installés de manière permanente entre 2 salles. On navigue ainsi aisément entre l’acte chirurgical et une activité diagnostic au cours de la procédure. Il est donc possible de contrôler le geste très précisément.

Grâce à une optimisation de l’environnement le patient n’est plus déplacé. En effet, son bilan scanner peut être effectué dans la salle interventionnelle. Lors d’une ablation de tumeur cérébrale l’IRM peut être passée en cours d’intervention. Par ailleurs, cette mutualisation d’équipement entre plusieurs salles permet de « résoudre » la question de la rentabilité.

Le bloc opératoire est maintenant un environnement complexe dans lequel gravite une dizaine de personnels soignants (chirurgien, anesthésiste, infirmière anesthésiste, panseur, IBODE …) autour du patient et de nombreux équipements médicaux. Pour intégrer ce grand changement, les plateaux techniques doivent s’envisager évolutifs. Les architectes doivent prendre en compte ce changement de paradigme tout en continuant à considérer les contraintes d’implantation d’un bloc et de ces dispositifs (lourd, irradiation).

Alors qu’auparavant un bloc couvrait une surface de 30m², le bloc opératoire de demain en occupera le double. Il nécessitera un local de commande et un local technique associé. Le bloc du futur sera plus grand afin d’avoir la capacité de recevoir des équipements d’imagerie. Il ne sera plus le bloc d’une seule pathologie mais le bloc d’une équipe multidisciplinaire : un bloc polyvalent.

Ce changement de prise en charge du patient doit s’intégrer dans la conception des plateaux techniques de demain. C’est pourquoi, les architectes travaillent sur des organisations de bâtiments différentes.

Les infrastructures face à la révolution de l’hôpital

Peut-on se satisfaire des infrastructures actuelles ou doit-on reconstruire en fonction de ces nouveaux paradigmes ?

On entend beaucoup parler de la réduction de l’hébergement avec le développement de l’ambulatoire. En France, on compte 4,7 lits pour 1000 habitants en construisant 90m² d’infrastructure au lit. La surface française semble trop grande mais ce qui importe véritablement est bien le type de m² et les usages.

L’augmentation des actes en ambulatoire diminue le nombre de chambres pour faire place à des actes et places de jour. Par exemple le nouvel hôpital Bichat-Beaujon comptera 30% de chambres en moins pour favoriser cette nouvelle politique de soins. Mais une bonne organisation ambulatoire nécessite de gérer avec précision la marche en avant des patients et les espaces d’attente. La gestion des flux à l’aide d’une signalétique doit être précise et associer : efficacité et hospitalité. Il est possible d’apaiser, d’humaniser et de fluidifier les lieux en repensant l’architecture de manière à faire entrer la lumière du jour, les volumes, et en concevant avec de nouveaux matériaux.

La transformation des déambulations et accès extérieurs, du fonctionnement interne de l’hôpital, l’évolution de la chirurgie et la montée en puissance de l’ambulatoire entraînent forcément des modifications et une révolution sur la manière de concevoir un hôpital.

C’est pourquoi, il faut transformer le patrimoine hospitalier déjà existant et mener une réflexion sur la possibilité de conversion de ce dernier.

Des enjeux différents dans un domaine en évolution constante

Les enjeux de restructuration ne sont pas les mêmes pour l’hôpital référent d’un Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) et les établissements secondaires. Les centres pivots suivent une tendance aéroportuaire (beaucoup de flux, très rapide) et voient l’augmentation des consultations et soins ambulatoires : ils accueillent plus de patients.

Néanmoins, l’organisation de l’ambulatoire est en perpétuelle évolution. Il faut donc pouvoir rester flexible et concevoir une trame de la structure hospitalière sachant que les usages vont évoluer aux cours des prochaines années et qu’il faudra, à de nombreuses reprises cloisonner et décloisonner dans un laps de temps court tout en détruisant un minimum.

Le virage ambulatoire augure une transformation non plus vers plus ou moins de m² mais des m² mieux positionnés par rapport aux plateaux techniques, plus lumineux et d’accès plus direct aux patients. La capacité de conversion et l’aptitude des bâtiments actuels à accueillir les organisations futures doivent être évaluées au cas par cas. La réponse est dans l’analyse des volumes, des espaces, de l’image qu’ils véhiculent, de leur conception bioclimatique et de leur adéquation technique. Mais souvent il faut reconstruire pour répondre à ces nouvelles organisations imbriquées et modulaires, ces flux qu’ils faut canaliser, sécuriser et optimiser. Pour répondre aux possibilités offertes par le numérique et à une technicité toujours plus grande. La révolution de l’hôpital doit amener à retrouver l’hospitalité, effacer la technique et le caractère anxiogène. L’acte doit s’effacer au profit d’une image chaleureuse.

  • Geneviève GASCHARD, Directeur service biomédical et Présidente de l’AFIB (Association française des ingénieurs biomédicaux), CHU Poitiers
  • Dennis KEENER, Directeur technique santé, BOUYGUES Bâtiment International
  • Patrick MARTEEL, Président ASCOH, programmiste et AMO
  • Claude ROLLAND, Directeur du Pôle Santé, BOUYGUES Construction

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