Faciliter le parcours de santé des plus âgés

Les personnes âgées représentent aujourd’hui en France plus de 15 millions de personnes. Avec l’allongement de l’espérance de vie, on estime même que le nombre de seniors atteindra les 24 millions en 2060. Faciliter le parcours de santé des plus âgés devient donc un enjeu majeur pour les hôpitaux.

Nous tendons à vivre plus longtemps, mais dans quelles conditions ?

Les chiffres sont formels : la majorité des personnes âgées vieillissent dans de bonnes conditions d’autonomie. Concrètement, la dépendance concerne 8% des plus de 60 ans et plus d’une personne sur cinq âgée de plus de 85 ans. L’âge moyen de perte d’autonomie se situe alors à 83 ans. Nous savons aujourd’hui faire face à cette hausse de personnes âgées et à leur dépendance. Mais serons nous à la hauteur en 2060 quand plus de 5 millions de personnes auront plus de 85 ans ?

Le sort de nos aînées est en pleine révolution, aussi bien médicale que sociale. Évidemment nous souhaitons que nos proches vivent dans de bonnes conditions.

Amélioration des Soins d’Urgence en Ehpad : le projet ASSURE

ASSURE est un projet porté par le groupe Hospitalier Loos Haubourdin et initié par l’ARS Hauts de France. Il fait suite à un constat préoccupant : les soignants ne se sentent pas capables de faire face aux situations d’urgences. Conséquences ? Le recours quasi-systématique aux services d’urgence. Un recours inapproprié qui peut même être à l’origine du mal-être de la personne âgée ou de son accroissement. Les urgences sont en effet saturées et le temps d’attente pour être pris en charge ne fait qu’augmenter. Cette attente peut être dangereuse pour une personne âgée, aussi bien physiquement que psychologiquement.

Face à ces observations, il est indispensable de prendre en compte la problématique des urgences évitables. Elle fait même partie de la feuille de route proposée par la Ministre des Solidarités et de la Santé, Madame Agnès Buzyn. Son objectif, qui est aussi le nôtre, est de penser à l’amélioration de la qualité de l’accompagnement des personnes âgées.

Financé par l’État, le projet ASSURE a pour but de diminuer voire de supprimer les urgences évitables. Pour cela, il utilise de nombreux outils pédagogiques.

Le principe est simple : améliorer la prise en charge des personnes âgées résidentes des EHPAD par un juste recours aux services d’urgences. Pour cela, les soignants des EHPAD se doivent d’être formés. En effet, il est indispensable de discerner une situation d’urgence vitale d’une situation qui ne met pas en jeu la vie d’une personne et d’agir en conséquence. Cette distinction n’est pas faite dans la majorité des cas ce qui pose problème. Bien que l’appel au 15 soit justifié dans le cas où le pronostic vital est en jeu, il ne l’est pas dans le cas des urgences non vitales – “relatives” où les gestes de premiers soins par des soignants formés pourraient suffire.

Sorte de formation par du personnel expérimenté et des outils pédagogiques, le projet ASSURE vise à sensibiliser de manière interactive le personnel soignant à la gestion des situations d’urgences.

Comment faciliter le parcours de santé pour les personnes âgées?

Faciliter le parcours de santé des personnes âgées
  • Une équipe de “formateurs” composée de médecins urgentistes et de gériatres
  • Un kit d’outils spécifiques diffusant des informations pour une meilleure compréhension des systèmes d’urgences et des EHPAD. Il rappelle les différentes conduites à avoir en cas d’urgences. Un kit conçu de manière pédagogue sous forme de jeux ou d’affiches afin que l’information soit claire, comprise et retenue.

Le but est que la bonne personne prodigue le soin adéquat au bon moment. La volonté affirmée est d’optimiser et d’améliorer le parcours de soin des personnes âgées.

Coopération renforcée entre des EHPAD et un établissement de santé pour améliorer le parcours de soins des résidents d’EHPAD

Le CHU de Limoges est le centre hospitalier le plus important de la région du Limousin. Il a su voir dans le vieillissement de la population, un terrain d’innovation. En effet, le constat reste identique : le taux d’hospitalisations évitables des personnes âgées s’élèverait à 42% avec un risque encouru non négligeable.

La première initiative de l’équipe du Professeur Tchalla, chef de service de gériatrie du CHU de Limoges a été de créer en 2005 une unité de soins spécifiques : l’Unité de Recours de Soins Gériatriques (URSG). L’objectif était alors d’éviter le passage quasi-systématique des résidents des EHPADs par les services d’urgences en orientant ces personnes vers l’URSG. Cette unité, initialement d’une dizaine de lits s’est alors développée pour assurer des prises en charge spécifiques, de courte durée.

Les Unités d’Hébergement Temporaire d’Urgence Médico-Sociale pour faciliter le parcours de santé

Le CHU de Limoges comporte également parmi ses projets le plan “Unité d’Hébergement Temporaire d’Urgence Médico-Sociale” (UHTUMS). Cette unité a pour objectif de fluidifier le parcours des personnes âgées en attente d’un retour à domicile ou d’une admission en EHPAD. Composée de 16 lits et d’une équipe pluridisciplinaire, elle assure une expertise gériatrique médicale et soignante dans un hébergement adapté. Elle évite ainsi les hospitalisations prolongées et inadéquates des personnes âgées.

En “court-circuitant” les urgences, ces nouvelles unités semblent prometteuses. Elles désengorgent ainsi les urgences pour des cas ne relevant pas de l’urgence. Elles apportent également des soins adaptés par des professionnels compétents aux personnes âgées.

Le CHU de Limoges n’a alors pas peur d’être ambitieux et s’entoure de nouveaux outils. L’objectif est toujours de faciliter le parcours de santé des personnes âgées. Dans le cadre de la création d’unité Médecine d’Urgence des Personnes Âgées (MUPA), le CHU a par exemple utiliser le Dossier de Liaison d’Urgence (DLU). Il est particulièrement utile pour améliorer les transferts d’informations et permet d’éviter les hospitalisations inappropriées pour les résidents en EHPAD. En cas d’urgence, tous les soignants de l’EHPAD peuvent y avoir accès. En effet, le DLU sert de support de communication pour l’échange téléphonique avec le SAMU. Le dossier est alors directement transmis au médecin de la permanence des soins ou au médecin urgentiste du service des urgences. Le CHU continue de créer, de transformer et ne s’arrête pas.

L’impact positif de la télémédecine

Dans le cadre du pôle d’excellence rurale, “Télémédecine, Gérontologie, Ruralité”, le CHU de Limoges a aussi évalué l’impact d’un dispositif de télémédecine sur la prévention des hospitalisations aux urgences des résidents d’EHPAD.

Cette étude a été réalisée sur un territoire rural comprenant 9 EHPADs et une très faible densité médicale. Il s’agissait alors d’effectuer tous les 6 mois, via la télémédecine, l’évaluation gérontologique des résidents en EHPAD de la région. Le but était alors d’obtenir des diagnostics précoces et des suivis optimisés. Redonner accès aux soins aux personnes âgées des milieux ruraux est également un enjeu important. Le gériatre réalise dès lors un bilan de santé à distance. Il peut, en fonction de l’état de santé du participant, solliciter l’avis d’un spécialiste pour compléter son plan de soin ou décider de l’envoi du résident au service d’urgence.

Enfin, le CHU de Limoges s’est intéressé dans le cadre des GHT aux soins bucco-dentaires en EHPAD. Ce projet, développé à la fois dans le Limousin et en Allemagne a vu le jour suite à un constat alarmant : ¾ des résidents n’ont pas accès à ces soins de manière optimale, cause de dénutrition. L’idée est alors de permettre d’apporter aux résidents un diagnostic et un suivi rapide, à distance à l’aide de la télé expertise.

Les principales causes de rupture dans le parcours de santé des personnes âgées sont donc le manque de coordination entre les différentes prises en charge et le recours non pertinent à l’hospitalisation. Dans le but d’y remédier, de nombreux projets voient le jour pour améliorer le parcours de soin de nos aînés et faciliter le travail des soignants. Vieillissons enfin mieux.

  • Séverine LABOUE, Directrice, GH Loos-Haubourdin
  • Pr Achille TCHALLA, Chef de service de gériatrie du CHU de Limoge
  • Dr Stephan MEYER, Co-président de l’association nationale des
  • médecins coordonnateurs du secteur médico-social

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